Après un quart de siècle, Étienne Pflimlin abandonne le 14 octobre la présidence du groupe mutualiste à Michel Lucas, le directeur général. Ce dernier devra à son tour désigner un successeur.
Après un quart de siècle, chacun avait fini par croire inamovible le tandem formé par Étienne Pflimlin, le président, et Michel Lucas, le directeur général, à la tête du Crédit mutuel. C’est peu dire que tout le monde est tombé des nues, lundi, lorsqu’Étienne Pflimlin a annoncé son départ: «J’ai décidé pour des raisons personnelles de mettre fin à mes fonctions en tant que président de la Confédération nationale du Crédit mutuel, ainsi que de la Fédération du Crédit mutuel Centre Est Europe», écrit-il à ses salariés.
Deuxième surprise de taille, le nom de son successeur pressenti: «Je proposerai aux instances statutaires compétentes que Michel Lucas, actuel directeur général, me succède à ces fonctions.» Alors que l’âge des dirigeants du Crédit mutuel était perçu comme un problème à résoudre, personne n’avait imaginé que Michel Lucas, soixante et onze ans, pourrait reprendre le flambeau d’Étienne Pflimlin, soixante-neuf ans en octobre…
Voilà, en outre, qui va à l’encontre des traditions mutualistes, proches en cela des sacro-saintes règles de la gouvernance britannique: le directeur général n’a pas à prendre la présidence. Les instances mutualistes ne prisent guère, par ailleurs, de se voir dicter leur choix. Mais il y a comme un sentiment d’urgence dans ces annonces. Le vote aura lieu le 14 octobre, lors de l’assemblée générale confédérale, sans que son issue ne fasse de doute. Si rien ne dit à ce stade si Michel Lucas conservera ou non ses fonctions de directeur général, «ce sera l’un ou l’autre», assure un proche du groupe. Se profile dès lors un autre événement de taille: la succession de Michel Lucas - le véritable animateur du groupe - au poste de directeur général. «La culture du Crédit mutuel est forte et le groupe va très bien. Il n’y a aucune raison d’aller chercher une candidature externe», souligne un familier de la «banque bleue». En interne, le successeur le plus évident est Alain Fradin, vice-président du directoire du CIC, fidèle d’entre les fidèles de Michel Lucas que personne n’imagine vraiment passer la main.
Le tandem Pflimlin-Lucas s’était formé en 1985, lorsque l’énarque haut fonctionnaire, fils de l’ancien maire de Strasbourg, s’était allié à ce Breton bourru, féru de technologies. À l’un, la politique interne au sein d’un groupe mutualiste «un homme une voix». À l’autre, le pilotage stratégique et opérationnel de la banque.
Le duo, lié plus par l’objectif que par les affinités, prend d’abord la tête de la Fédération de Strasbourg, puis celle de la Confédération qui regroupe l’ensemble des Fédérations du Crédit mutuel, y compris la Bretagne et le Nord. Cette union sous la bannière du livret bleu masque mal à l’époque les tensions souterraines entre les différentes régions.
Vingt-cinq ans plus tard, le rouleau compresseur de Strasbourg est passé par là. À la fin de l’année, dix Fédérations du Crédit mutuel, et non plus cinq, seront affiliées au puissant CM5-CIC. Acquisition en Espagne, partenariat avec le groupe Casino dans le crédit à la consommation, le numéro trois de la banque de détail en France a multiplié les initiatives ces derniers mois. Dans le même temps, Michel Lucas montre un intérêt personnel marqué pour son pôle presse. De quoi favoriser, au total, une réorganisation de la direction.
Chaperon, Isabelle